« Nos Maisons », de Loïse Lyonnet, 202 pages, éditions Saint Libéral.
Mon premier livre, « Nos Maisons », a été publié en octobre 2025 aux éditions Saint Libéral. Il s’agit d’un ouvrage nourri de 30 témoignages de personnes ayant un lien fort avec une maison. Parmi elles, des architectes, des designers, des artistes contemporains, des écrivains, une cinéaste, un critique de cinéma, un philosophe…

«L’ouvrage vise à questionner la notion de « chez soi », et la mémoire intime des lieux, qu’il s’agisse d’un manoir, d’un HLM, d’une maison de maître ou d’une cabane de pêcheur. « Nos Maisons » se lit comme une traversée des lieux qui nous forment et nous transforment.
Nos Maisons est né d’une intuition assez simple : on dit souvent que nos maisons nous ressemblent, qu’elles sont le reflet de notre personnalité, mais je me suis demandé si l’inverse n’était pas tout aussi vrai. Est-ce que nous ne devenons pas, en partie, le reflet des lieux dans lesquels nous avons vécu ? Certaines maisons nous précèdent de plusieurs générations et continuent d’exister après nous. D’autres ne sont habitées que quelques années et laissent pourtant une empreinte très profonde. Une maison d’enfance, une maison de famille dont on hérite, un appartement dans lequel on a vécu une période déterminante, une maison de vacances ou même une maison rêvée peuvent participer à notre construction. C’est cette relation presque souterraine entre l’espace et l’identité qui m’intéressait. Je ne voulais donc pas écrire un livre d’architecture au sens classique du terme, ni un livre de décoration, mais travailler sur ce que j’appellerais la part intime du bâti : ce que les murs conservent de nous et, inversement, ce qu’ils déposent en nous. La maison devient alors un point d’entrée pour parler de beaucoup d’autres choses : de l’enfance, de la famille, de la transmission, du déracinement, du rapport aux morts, du territoire, de la solitude, du désir d’émancipation. C’est ce déplacement du regard qui a véritablement constitué le point de départ du livre.

J’ai choisi de construire le livre à partir de trente témoignages parce que je ne voulais surtout pas apporter une réponse théorique et définitive à la question « qu’est-ce qu’habiter ? ». Je voulais au contraire confronter des expériences très différentes. J’ai donc rencontré des architectes, des artistes, des écrivains, une designer, une cinéaste, une performeuse, un critique de cinéma, mais aussi des personnes qui n’appartiennent pas au monde de la création. Isabelle Stanislas, Mengzhi Zheng, Nicolas Idier, Jisoo Yoo ou Pierre Charpilloz côtoient ainsi des voix anonymes. Cette hétérogénéité était importante parce qu’elle permet de regarder la maison depuis des disciplines, des histoires familiales et des sensibilités très différentes. Je demandais à chacun de partir d’une maison précise, et très vite la conversation débordait largement la question architecturale. Parler d’une maison conduit presque inévitablement à parler de soi. Certains souvenirs sont extrêmement précis : une pièce, une odeur, une fenêtre, un jardin, une manière particulière dont la lumière entrait dans une chambre. Et derrière ces détails apparaissent progressivement des histoires de filiation, de départ, de deuil, d’appartenance ou de liberté. C’est aussi pour cela que j’ai souhaité que chaque personne interrogée illustre elle-même sa maison. Le dessin apporte une autre forme de mémoire : il montre ce que l’on retient d’un lieu lorsque l’on cesse de chercher à le représenter objectivement.

Ce qui m’a frappée au fil des entretiens, c’est l’ambivalence extraordinaire de la maison. Elle peut être un refuge et devenir un poids ; elle peut protéger et enfermer ; elle peut représenter la stabilité autant que ce dont il faut parvenir à s’émanciper. Dans l’un des récits, une maison transmise depuis sept générations par des femmes se retrouve mise en vente : conserver la demeure signifie préserver une lignée, mais cela peut également revenir à s’y enchaîner. Dans un autre, en Corse, le cimetière familial se trouve littéralement au bout du jardin et les morts continuent ainsi de participer à la vie quotidienne de la maison. Je me suis aussi intéressée à des formes d’habitat beaucoup plus ordinaires, notamment au pavillon de lotissement, souvent regardé avec une certaine condescendance architecturale. Là encore, les témoignages montrent qu’un bâtiment apparemment banal peut devenir extrêmement chargé de mémoire. C’est finalement l’une des choses que j’ai voulu défendre dans le livre : la valeur affective d’un lieu ne dépend ni de son prestige architectural, ni de son ancienneté. Un appartement très ordinaire peut avoir autant de densité qu’une demeure familiale vieille de plusieurs siècles. Ce sont les usages, les relations, les événements, les souvenirs et parfois les conflits qui produisent cette épaisseur. La maison est matérielle, mais une grande partie de ce qui la constitue est invisible.
J’ai voulu que Nos Maisons reste difficile à enfermer dans une seule catégorie. C’est un livre de récits, mais aussi une enquête sur notre manière d’habiter ; il emprunte à l’architecture, à l’art, à la psychologie, à la sociologie et à la mémoire familiale sans prétendre appartenir exclusivement à aucune de ces disciplines. Cette approche transdisciplinaire correspond d’ailleurs assez naturellement à mon parcours : ma formation en science politique et mon travail sur les territoires m’ont habituée à regarder les lieux comme des constructions à la fois physiques, sociales et politiques.»
Livre à retrouver en librairie.
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