

C.A.C : Peux-tu te présenter : ton parcours, l’origine de ton nom Liorzh, et ce qui t’a amené à créer des visuels pour la musique ?
LIORZH : Je suis né et j’ai grandi en Bretagne, près de la mer. Avant de me tourner vers le design et l’illustration, j’ai étudié pendant plusieurs années le paysagisme et la botanique, un domaine qui m’a toujours profondément intéressé. J’entretiens d’ailleurs un lien très fort avec les jardins et la nature, qui occupent une place importante dans mon imaginaire.
C’est ce rapport au vivant qui m’a conduit à choisir le nom Liorzh, qui signifie « jardin » en breton. Par ailleurs, mon attrait pour la musique a toujours été très présent. J’ai grandi en allant à des concerts, en écoutant beaucoup de sons, et j’ai très tôt été sensible aux visuels qui accompagnent la musique, notamment les pochettes et les univers graphiques des artistes. À mesure que cette passion pour la musique s’est renforcée, j’ai ressenti le besoin de créer des images capables de dialoguer avec les sons, et de mettre mon travail visuel au service d’artistes que j’admirais et que j’écoutais déjà.
C.A.C : Y a-t-il des pochettes d’albums, ou des graphistes et illustrateurs, qui t’ont donné envie à l’origine de créer pour l’univers musical ?
LIORZH : Oui, il y en a énormément. Grâce à Internet, j’ai pu découvrir de nombreux artistes qui mettaient leur travail visuel au service de la musique, et qui ont été pour moi une grande source d’inspiration. J’ai aussi retrouvé, parfois a posteriori, certains créateurs derrière des visuels ou des pochettes que j’aimais déjà beaucoup. L’un des premiers noms qui me vient en tête est Robert Beatty, notamment avec la pochette de Currents de Tame Impala, qui a marqué un moment important dans mon parcours. D’autres artistes comme James Lacey, Aaron Lowell Denton, River Cousin, Julia Fletcher, Josef Minor ou encore Keith Rankin ont également beaucoup nourri mon regard et mon envie de travailler dans l’univers musical. La liste est longue, et elle continue d’évoluer : je découvre encore aujourd’hui de nouveaux artistes, tandis que d’autres émergent constamment. J’ai aussi un attachement particulier à de nombreuses pochettes des années 70 et 80, dont je ne connais pas toujours les auteurs, mais qui restent pour moi très fortes visuellement et continuent d’influencer mon travail.
C.A.C : En dehors des arts graphiques liés à la musique, quels artistes visuels t’inspirent particulièrement, que ce soit en peinture, en illustration ou dans d’autres disciplines ?
LIORZH : En dehors des arts graphiques liés à la musique, je m’inspire de plusieurs artistes venus d’horizons assez différents, notamment en peinture. J’aime beaucoup les univers surréalistes et très imagés, avec des artistes comme Salvador Dalí, M. C. Escher ou Vladimir Kush… À côté de ça, je suis aussi très attiré par des approches plus géométriques, où les formes et les couleurs jouent un rôle central. Des artistes comme Frank Stella, Auguste Herbin, Julio Le Parc, Victor Vasarely ou Franco Grignani m’influencent beaucoup dans ma manière de composer, de penser les couleurs et les équilibres visuels.
C.A.C : Lorsque tu réalises une affiche ou une pochette pour un groupe, quelles sont les différentes étapes de ton processus créatif ?
LIORZH : Mon processus créatif varie beaucoup selon les projets et les artistes avec lesquels je travaille. Cela dépend surtout du cadre que me laisse le client. Parfois, j’ai carte blanche et je peux proposer librement des idées, que ce soit à travers des croquis ou directement un visuel abouti. D’autres fois, le brief est très précis, avec déjà des orientations claires en termes de style, de représentation ou de technique. Que ce soit pour une affiche ou une pochette, il n’y a donc pas de méthode unique. J’essaie souvent de demander au client des références visuelles, que ce soit issues de mon travail ou d’autres univers, afin de mieux comprendre ses goûts et ses attentes. Pendant la phase de création, j’aime autant que possible travailler en écoutant la musique ou le projet de l’artiste. Cela m’aide à entrer dans son univers, à rester concentré et à faire émerger des idées plus justes, en lien direct avec le son.
C.A.C : À quel point laisses-tu de la place à l’accident, à l’intuition ou à l’imprévu dans ton travail ?
LIORZH : Je dirais que je laisse quand même une place à l’erreur, parfois même de manière volontaire, mais surtout une grande place à l’intuition. Il m’arrive très souvent de proposer une première idée ou des croquis, puis de voir de nouvelles pistes apparaître au moment de la réalisation. Dans ces cas-là, je les suis presque instinctivement, parce qu’elles font tout autant sens pour moi que l’idée de départ. Depuis petit, j’ai toujours eu un rapport compliqué aux chiffres et aux mathématiques, ce qui m’a sans doute poussé à développer une approche plus intuitive et moins rigide. Quand je travaille sur des visuels avec de la géométrie ou du dessin, je ne cherche pas forcément à respecter toutes les règles à la lettre. J’aime laisser des « imperfections », déplacer les éléments ou la lumière selon mon ressenti, afin de rester fidèle à mes envies et à mon regard plutôt qu’à une construction trop stricte.
C.A.C : Tes images oscillent souvent entre abstraction et figuration. Est-ce un équilibre que tu recherches consciemment, ou quelque chose qui s’impose naturellement en fonction des artistes et des projets ?
LIORZH : L’équilibre entre le figuratif et l’abstrait se fait très naturellement en fonction des artistes et des projets. Chaque univers appelle une approche différente, et je n’ai pas besoin de me forcer à maintenir une balance précise : elle s’impose d’elle-même au fil des collaborations. J’ai autant d’envie dans la figuration que dans l’abstraction. J’aime illustrer des projets en racontant une histoire, en faisant apparaître des éléments plus narratifs, mais j’ai tout autant de plaisir à travailler des compositions plus géométriques, où les formes et les couleurs sont là avant tout pour provoquer des émotions, parfois de la nostalgie. Et même parfois j’essaie de mélanger les deux univers !
C.A.C : As-tu commencé par créer des affiches ou des pochettes fictives pour des groupes que tu aimais, avant de répondre à des commandes professionnelles ?
LIORZH : Oui, tout à fait ! J’ai commencé par créer des pochettes et des affiches fictives pour des groupes qui n’existent absolument pas, avant de travailler sur des commandes professionnelles. C’était un moyen de m’entraîner et de comprendre comment tout fonctionnait concrètement. En parallèle, j’apprenais à me familiariser avec les logiciels de design et à dessiner sur tablette, donc tout s’est ensuite enchaîné assez rapidement.
C.A.C : Quelles techniques utilises-tu dans ton travail ?
LIORZH : Les principales techniques que j’utilise sont le digital airbrush, une méthode qui permet de recréer l’aspect du pistolet à peinture traditionnel. J’y ai recours notamment pour mes illustrations au style rétro, qui se caractérisent par une attention particulière aux reflets et aux ombrages. Pour mes créations 2D géométriques, j’utilise le logiciel de façon plus classique, tout en laissant une large place à l’expérimentation et à la recherche de nouvelles textures et compositions.
C.A.C : Aimerais-tu explorer de nouvelles techniques graphiques ou de nouveaux supports à l’avenir ?
LIORZH : Oui, j’aimerais beaucoup transposer mon style géométrique vers des techniques plus traditionnelles, notamment la peinture. Ce serait une façon d’explorer autrement les notions de couleur, de symétrie et de composition, en sortant de l’écran et en expérimentant une approche plus manuelle et intuitive.
C.A.C : Tes affiches sont-elles principalement pensées pour une diffusion numérique, ou sont-elles aussi imprimées pour des événements ? Est-ce que cela influence ta manière de concevoir l’image ?
LIORZH : Oui, la majorité des projets sur lesquels je travaille sont destinés à l’impression, que ce soit des affiches, des pochettes de vinyles, du merchandising ou encore des illustrations pour des magazines. Cette dimension influence beaucoup ma manière de concevoir les images : il faut toujours tenir compte de la technique d’impression, du rendu des couleurs ou encore du format final. Par exemple, les affiches de concert que je crée sont souvent vendues directement sur le lieu de l’événement, ce qui implique de penser aussi à leur transport par le public. (Qualité du papier/impression …) Le mode d’impression, comme la sérigraphie, a également un impact sur le style graphique et la palette de couleurs, surtout lorsqu’il y a des contraintes budgétaires qui limitent le nombre de teintes utilisables. En somme, le fait qu’un projet soit imprimé influence fortement ma façon de créer, tant sur le plan esthétique que technique.
C.A.C : Tu as collaboré avec des artistes majeurs comme Arctic Monkeys ou Fontaines D.C. Comment abordes-tu une commande pour un musicien : avec quelle liberté créative et quelles contraintes ?
LIORZH : Étonnamment, pour les projets réalisés avec de grands groupes comme Arctic Monkeys ou Fontaines D.C., j’ai bénéficié d’une liberté créative presque totale. J’ai pu proposer des visuels entièrement issus de mon inspiration personnelle, du concept initial jusqu’à la composition finale. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les propositions sont retenues : les briefs restent ouverts, mais il faut toujours garder à l’esprit l’univers du groupe, le thème de l’album, la tournée ou encore le lieu du concert. Ce niveau de liberté varie selon les artistes ; certains groupes majeurs préfèrent des directives plus précises et un cadre créatif plus restreint. Chaque collaboration demande donc de trouver le bon équilibre entre expression personnelle et respect de l’identité musicale.
C.A.C : Y a-t-il des artistes ou des groupes avec lesquels tu rêverais de collaborer à l’avenir ?
LIORZH : Il y en a beaucoup ! Parmi ceux qui me viennent spontanément à l’esprit, je dirais Bloc Party, Red Hot Chili Peppers, NewDad, Wunderhorse, LCD Soundsystem ou encore Depeche Mode. Et bien sûr, il y en aurait encore bien d’autres avec qui j’aimerais collaborer à l’avenir !
C.A.C : Quels sont tes projets à venir ?
LIORZH : J’ai plusieurs projets en cours et à venir, même si je ne peux pas encore tout dévoiler — on n’est jamais sûr qu’un projet soit validé à 100 % avant son achèvement ! Ce que je peux déjà dire, c’est que je travaille actuellement sur la deuxième partie de l’album live européen de King Gizzard & The Lizard Wizard, ainsi que sur un nouveau visuel pour le producteur et DJ français Déborah aime la bagarre, sans oublier d’autres pochettes de vinyles à venir. En parallèle, je profite de cette nouvelle année pour développer davantage de projets personnels : je prépare la sortie de nouveaux prints, dont plusieurs sont déjà finalisés et prêts à être publiés au bon moment. Je lance aussi un projet de collaborations expérimentales : tous les deux mois, je travaillerai avec un nouvel artiste pour créer une ou plusieurs affiches originales, proposées ensuite en édition imprimée sur internet. L’idée, c’est de sortir du cadre des commandes professionnelles, de créer plus librement, et de mettre en avant des artistes qui m’inspirent.



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