Interview Liorzh Interview 12 février 2026 par Bertrand Filhol C.A.C : Peux-tu te présenter : ton parcours, l’origine de ton nom Liorzh, et ce qui t’a amené à créer des visuels pour la musique ? LIORZH : Je suis né et j’ai grandi en Bretagne, près de la mer. Avant de me tourner vers le design et l’illustration, j’ai étudié pendant plusieurs années le paysagisme et la botanique, un domaine qui m’a toujours profondément intéressé. J’entretiens d’ailleurs un lien très fort avec les jardins et la nature, qui occupent une place importante dans mon imaginaire. C’est ce rapport au vivant qui m’a conduit à choisir le nom Liorzh, qui signifie « jardin » en breton. Par ailleurs, mon attrait pour la musique a toujours été très présent. J’ai grandi en allant à des concerts, en écoutant beaucoup de sons, et j’ai très tôt été sensible aux visuels qui accompagnent la musique, notamment les pochettes et les univers graphiques des artistes. À mesure que cette passion pour la musique s’est renforcée, j’ai ressenti le besoin de créer des images capables de dialoguer avec les sons, et de mettre mon travail visuel au service d’artistes que j’admirais et que j’écoutais déjà. C.A.C : Y a-t-il des pochettes d’albums, ou des graphistes et illustrateurs, qui t’ont donné envie à l’origine de créer pour l’univers musical ? LIORZH : Oui, il y en a énormément. Grâce à Internet, j’ai pu découvrir de nombreux artistes qui mettaient leur travail visuel au service de la musique, et qui ont été pour moi une grande source d’inspiration. J’ai aussi retrouvé, parfois a posteriori, certains créateurs derrière des visuels ou des pochettes que j’aimais déjà beaucoup. L’un des premiers noms qui me vient en tête est Robert Beatty, notamment avec la pochette de Currents de Tame Impala, qui a marqué un moment important dans mon parcours. D’autres artistes comme James Lacey, Aaron Lowell Denton, River Cousin, Julia Fletcher, Josef Minor ou encore Keith Rankin ont également beaucoup nourri mon regard et mon envie de travailler dans l’univers musical. La liste est longue, et elle continue d’évoluer : je découvre encore aujourd’hui de nouveaux artistes, tandis que d’autres émergent constamment. J’ai aussi un attachement particulier à de nombreuses pochettes des années 70 et 80, dont je ne connais pas toujours les auteurs, mais qui restent pour moi très fortes visuellement et continuent d’influencer mon travail. C.A.C : En dehors des arts graphiques liés à la musique, quels artistes visuels t’inspirent particulièrement, que ce soit en peinture, en illustration ou dans d’autres disciplines ? LIORZH : En dehors des arts graphiques liés à la musique, je m’inspire de plusieurs artistes venus d’horizons assez différents, notamment en peinture. J’aime beaucoup les univers surréalistes et très imagés, avec des artistes comme Salvador Dalí, M. C. Escher ou Vladimir Kush… À côté de ça, je suis aussi très attiré par des approches plus géométriques, où les formes et les couleurs jouent un rôle central. Des artistes comme Frank Stella, Auguste Herbin, Julio Le Parc, Victor Vasarely ou Franco Grignani m’influencent beaucoup dans ma manière de composer, de penser les couleurs et les équilibres visuels. C.A.C : Lorsque tu réalises une affiche ou une pochette pour un groupe, quelles sont les différentes étapes de ton processus créatif ? LIORZH : Mon processus créatif varie beaucoup selon les projets et les artistes avec lesquels je travaille. Cela dépend surtout du cadre que me laisse le client. Parfois, j’ai carte blanche et je peux proposer librement des idées, que ce soit à travers des croquis ou directement un visuel abouti. D’autres fois, le brief est très précis, avec déjà des orientations claires en termes de style, de représentation ou de technique. Que ce soit pour une affiche ou une pochette, il n’y a donc pas de méthode unique. J’essaie souvent de demander au client des références visuelles, que ce soit issues de mon travail ou d’autres univers, afin de mieux comprendre ses goûts et ses attentes. Pendant la phase de création, j’aime autant que possible travailler en écoutant la musique ou le projet de l’artiste. Cela m’aide à entrer dans son univers, à rester concentré et à faire émerger des idées plus justes, en lien direct avec le son. C.A.C : À quel point laisses-tu de la place à l’accident, à l’intuition ou à l’imprévu dans ton travail ? LIORZH : Je dirais que je laisse quand même une place à l’erreur, parfois même de manière volontaire, mais surtout une grande place à l’intuition. Il m’arrive très souvent de proposer une première idée ou des croquis, puis de voir de nouvelles pistes apparaître au moment de la réalisation. Dans ces cas-là, je les suis presque instinctivement, parce qu’elles font tout autant sens pour moi que l’idée de départ. Depuis petit, j’ai toujours eu un rapport compliqué aux chiffres et aux mathématiques, ce qui m’a sans doute poussé à développer une approche plus intuitive et moins rigide. Quand je travaille sur des visuels avec de la géométrie ou du dessin, je ne cherche pas forcément à respecter toutes les règles à la lettre. J’aime laisser des « imperfections », déplacer les éléments ou la lumière selon mon ressenti, afin de rester fidèle à mes envies et à mon regard plutôt qu’à une construction trop stricte. C.A.C : Tes images oscillent souvent entre abstraction et figuration. Est-ce un équilibre que tu recherches consciemment, ou quelque chose qui s’impose naturellement en fonction des artistes et des projets ? LIORZH : L’équilibre entre le figuratif et l’abstrait se fait très naturellement en fonction des artistes et des projets. Chaque univers appelle une approche différente, et je n’ai pas besoin de me forcer à maintenir une balance précise : elle s’impose d’elle-même au fil des collaborations. J’ai autant d’envie dans la figuration que dans l’abstraction. J’aime illustrer des projets en racontant une histoire, en faisant apparaître des éléments plus narratifs, mais j’ai tout autant de plaisir à travailler des compositions plus géométriques, où les formes et les couleurs sont là
